L’euphorie des dernières séries éliminatoires a presque réussi à faire oublier une réalité que plusieurs experts de la LNH continuent de rappeler.
Aussi spectaculaire que soit l’ascension du Canadien de Montréal, une équipe ne devient pas une véritable puissance uniquement grâce à un centre numéro un d’élite.
C’est exactement le constat que vient de dresser The Athletic dans son plus récent classement des meilleurs duos de centres de toute la Ligue nationale.
La nouvelle est paradoxale. Nick Suzuki reçoit probablement la plus belle reconnaissance de toute sa carrière.
Après une saison de 101 points et un trophée Selke, The Athletic affirme qu’il s’est désormais établi parmi les meilleurs centres de la planète.
Une affirmation qui aurait semblé impensable il y a seulement quelques années.

Le problème n’est donc plus Nick Suzuki.
Le problème, c’est tout ce qui vient après lui.
Dans son analyse, Harman Dayal de The Athletic classe le Canadien dans un groupe très loin des véritables prétendants à la Coupe Stanley.
La raison est simple. l'auteur parle carrément d’un « trou béant » au poste de deuxième centre.
Selon lui, Oliver Kapanen et Jake Evans ne représentent pas une solution durable pour épauler Suzuki, malgré tout le respect qu’ils méritent pour leur travail.
Le portrait est difficile à contester.
Jake Evans est un excellent joueur de soutien.
Son implication défensive, son intelligence et son éthique de travail ne sont plus à démontrer. Mais il n’a dépassé la barre des 30 points qu’une seule fois dans sa carrière.
Quant à Kapanen, il a connu une première saison encourageante, avant de voir son temps de jeu fondre durant les séries éliminatoires, où il est demeuré sans le moindre point.
Pendant ce temps, les véritables aspirants alignent des combinaisons qui font peur.
Connor McDavid et Leon Draisaitl à Edmonton. Nathan MacKinnon et Brock Nelson au Colorado.
Aleksander Barkov et Sam Bennett en Floride.
Même des formations comme Dallas, la Caroline ou le New Jersey peuvent compter sur deux centres capables de changer l’allure d’une série à eux seuls.
À Montréal, tout repose encore sur Suzuki.
Et c’est précisément ce que Kent Hughes tente de corriger depuis des mois.
Les rumeurs se sont multipliées tout au long de l’été.
Chaque fois qu’un centre de qualité devenait disponible, le nom du Canadien revenait dans les discussions.
La direction savait exactement où se trouvait la faiblesse de son équipe. Malheureusement, malgré les efforts déployés, aucun dossier n’a débouché sur une transaction.
Ce classement rappelle donc que l’été du Canadien laisse un goût d’inachevé.
Les séries du printemps dernier ont offert des souvenirs extraordinaires aux partisans, mais elles ne doivent pas masquer certaines évidences.
Oui, Montréal s’est rendu étonnamment loin. Oui, la reconstruction progresse plus rapidement que plusieurs l’avaient imaginé. Mais la marge demeure très mince lorsqu’on compare l’effectif du Canadien à celui des meilleures organisations de la LNH.
Le parcours du printemps aurait même pu prendre une tout autre direction.
Sans refaire l’histoire, plusieurs oublieront rapidement que le Canadien s’est retrouvé à un seul match de voir toute sa saison basculer beaucoup plus tôt.
Une élimination à ce moment-là aurait probablement changé complètement le discours entourant cette équipe pendant tout l’été.
Au lieu de parler d’un groupe qui cogne à la porte des favoris, les débats auraient tourné autour des nombreuses lacunes qui restent encore à corriger.
C’est pourquoi l’absence d’un véritable deuxième centre continue de peser aussi lourd.
C’est aussi ce qui explique pourquoi Michael Hage représente autant d’espoir pour l’organisation.
The Athletic le mentionne lui-même parmi les candidats qui pourraient éventuellement régler ce problème.
Mais ce mot est important… éventuellement. Rien ne garantit qu’un jeune joueur pourra assumer une responsabilité aussi importante dès son arrivée chez les professionnels.
Kent Hughes se retrouve donc devant une réalité qu’il connaît déjà parfaitement.
La fenêtre pour aspirer sérieusement aux grands honneurs commence à s’ouvrir.
Nick Suzuki fait désormais partie des meilleurs centres de la LNH.
Ivan Demidov, Lane Hutson, Juraj Slafkovsky et Cole Caufield composent un noyau excitant.
Mais dans une ligue où les champions possèdent presque tous deux centres capables de dominer un match, le Canadien demeure incomplet.
Le message envoyé par The Athletic est limpide.
Nick Suzuki est devenu assez bon.
Le Canadien, lui, ne l’est pas encore.
Ouch…
