290 millions de dollars dans les poches: Kent Hughes livre l'entrevue de l'année

290 millions de dollars dans les poches: Kent Hughes livre l'entrevue de l'année

David Garel
Le 2026-05-20

Kent Hughes vient peut-être de livrer l’entrevue la plus cinglante, la plus confiante et la plus inspirante depuis qu’il est devenu directeur général des Canadiens de Montréal.

Ayoye...

Au moment où tous les experts américains ontinue encore de regarder les Hurricanes de la Caroline comme un rouleau compresseur impossible à battre, Hughes, lui, n’a jamais donné l’impression d’un homme intimidé. Pas une seconde. Pas un mot. Pas un regard qui pourrait nous laisser croire que le DG a peur.

Au contraire.

Le DG des Canadiens de Montréal avait l’air d’un homme qui sait exactement où il s’en va. Un homme qui regarde la tempête autour de lui avec un calme et un swag qui donnent la chair de poule.

Et dans une conférence de presse où il a parlé avec une honnêteté rare, il a surtout envoyé un message qui a donné des frissons aux partisans : cette équipe n’est plus ici pour apprendre. Elle est ici pour gagner.

Il faut revenir au début de son intervention.

Quand on lui demande de replonger dans le moment où il a accepté le poste de directeur général, Kent Hughes livre une confession qui en dit long sur le personnage.

“Au départ, je n’étais pas certain de vouloir prendre ce poste.”

Wow.

Avant d’arriver à Montréal, Hughes n’était pas un homme à la recherche d’une promotion ou d’un rêve inaccessible. Il était déjà au sommet de sa profession. Pendant plus de vingt ans, il a été l’un des agents les plus puissants du hockey, représentant certaines des plus grandes vedettes de la Ligue nationale.

Kent Hughes avait un portefeuille de clients complètement hallucinant et une réputation de négociateur redoutable.

On parle d'un gars capable de faire signer des contrats monstres à ses clients et de faire avaler des montants astronomiques à des directeurs généraux parfois désespérés.

Le meilleur exemple? Darnell Nurse. Hughes a réussi à négocier un contrat de huit ans à 9,5 millions de dollars par saison pour un défenseur qui est aujourd’hui encore vu à Edmonton comme l’un des joueurs les plus surpayés de toute la Ligue nationale.

Les partisans des Oilers n’ont jamais digéré cette entente et plusieurs voient encore Hughes comme l’ennemi public numéro un en Alberta.

Mais ça démontre surtout une chose : le gars savait exactement comment maximiser la valeur de ses clients. Et quels clients. Patrice Bergeron, Kris Letang, Mike Matheson, Drake Batherson, Anthony Beauvillier, Alex Newhook, Vincent Lecavalier à une certaine époque. (11 ans pour un total de 85 millions de dollars et quand Lecavalier s'est fait racheter, il a volé les Flyers avec un contrat de 5 ans pour un total de 22,5 M$ alors que le Québécois était fini à la corde.)

Au moment où Hughes a accepté le poste à Montréal, les contrats de ses joueurs totalisaient plus de 290 millions de dollars.

Quand Jeff Gorton lui a proposé de venir gérer les Canadiens de Montréal, il ne parlait pas à un homme qui avait besoin d’argent ou d’une promotion. Il parlait à un gars déjà immensément établi, déjà multimillionnaire, déjà au sommet de sa profession, qui aurait pu continuer à vivre extrêmement confortablement loin de la pression infernale du marché montréalais.

Le gars n’avait rien à prouver à personne.

Il avait une vie confortable. Une carrière établie. Une réputation immense. Des clients vedettes. De l’argent à l'infini.

Il aurait pu continuer dans cette voie-là pendant encore dix ans sans jamais regarder derrière.

Mais Jeff Gorton l’a poussé à réfléchir autrement.

“Tu as passé vingt ans à dire aux autres directeurs généraux comment gérer une équipe. Pourquoi ne pas mettre ton cou sur la ligne?”

Cette phrase l’a marqué. Hughes est passé de l'agent qui passaient des citrons aux DG... à un directeur général qui signe ses vedettes à rabais... au nom de la culture d'équipe.

Et aujourd’hui, quatre ans et demi plus tard, on sent un homme qui n’a absolument aucun regret.

“Je suis content d’avoir accepté. Ce sont probablement les quatre meilleures années et demie de ma carrière professionnelle.”

Pas les plus payantes, car Hughes serait toujours l'un des DG les moins bien payés de la LNH.

Mais les plus prestigieuses. Les meilleures.

Hughes ne parle pas comme un dirigeant corporatif qui récite des lignes préparées. Il parle comme un passionné qui semble sincèrement amoureux du processus de bâtir une équipe.

“À la base, j’aime beaucoup plus bâtir une équipe, réfléchir à comment une équipe doit jouer. Je suis fier de ce qu’on est devenu.”

Cette phrase résume exactement pourquoi les Canadiens de Montréal sont rendus où ils sont aujourd’hui.

Kent Hughes n’est jamais arrivé ici pour faire semblant. Il n’est jamais arrivé ici pour sauver les meubles ou participer à un projet moyen terme sans ambition.

Il est arrivé avec une vision.

Et aujourd’hui, cette vision est en finale de l’Association de l’Est.

Même lui semble parfois presque surpris de la vitesse de la progression.

Mais attention : pas surpris au point de minimiser ce que son groupe a accompli.

Quand on lui demande si l’équipe est en avance sur le plan, sa réponse est cinglante.

Il refuse pratiquement d’entrer dans ce débat.

Par respect pour les joueurs.

Par respect pour les entraîneurs.

Parce qu’une fois rendu ici, il ne veut plus parler de reconstruction. Il veut vivre le moment.

Et ce moment, il le vit avec énormément de confiance.

Ça s’est senti encore plus lorsqu’il a abordé la série contre les Hurricanes de la Caroline.

“Ça fait déjà deux séries qu’on est les négligés.”

“On n’est pas venus ici pour recevoir un trophée de participation. On est ici pour essayer de gagner.”

Ouch.

Quelle citation.

Dans ce qui est probablement le moment le plus fort de sa conférence de presse, il décrit le travail colossal accompli par les entraîneurs durant les deux premières rondes.

Il revient notamment sur les septièmes matchs contre le Lightning de Tampa Bay et les Sabres de Buffalo.

“On s’est fait dominer pendant trois périodes.”

Mais malgré ça, le personnel d’entraîneurs a continué à faire croire aux joueurs qu’ils étaient proches.

Que le succès était là.

Qu’ils étaient capables.

“Il faut donner énormément de crédit aux entraîneurs pour avoir trouvé une façon de faire croire à l’équipe qu’on pouvait le faire.”

Le gars a vendu une agence ultra lucrative. Il aurait pu rester dans le confort absolu. Il avait déjà tout ce que plusieurs rêvent d’avoir.

Et pourtant, il a choisi le chemin le plus risqué.

Le plus exposé.

Le plus impitoyable du hockey.

Montréal.

Et aujourd’hui, il regarde une équipe qu’il a littéralement bâti se battre pour une place en finale de la Coupe Stanley.

Il le dit lui-même : quand il est arrivé, tout était noir autour de l’équipe.

“On perdait. Personne ne parlait après les matchs. Dans l’avion, il n’y avait pas de bruit.”

Puis il s’arrête.

Et on sent presque l’émotion... les larmes monter à ses yeux...

Car aujourd’hui, il voit enfin l’autre côté.

“Je suis vraiment content pour tout le monde de pouvoir vivre l’autre côté de ça.”

Son groupe a traversé l’enfer ensemble.

Et Kent Hughes semble plus fier du monde autour de lui que de lui-même.