William Carrier face à un cauchemar personnel : même ses proches le laissent tomber

William Carrier face à un cauchemar personnel : même ses proches le laissent tomber

William Petit Lemay
Le 2026-05-21

William Carrier s’apprête à vivre une série qui dépasse largement le simple hockey.

À première vue, il s’agit d’un Québécois dans l’uniforme des Hurricanes de la Caroline, prêt à affronter le Canadien de Montréal en finale de l’Est. Sur la glace, Carrier connaît déjà ce genre de rendez-vous. Il a joué dans de grands matchs, dans de longues séries, devant des foules qui pèsent sur les épaules. Rien de tout ça ne le déstabilise vraiment. Son expérience parle pour lui. Sa robustesse aussi.

Mais cette fois, il y a un détail qui rend le moment beaucoup plus personnel.

Carrier l’a admis lui-même jeudi matin à Raleigh : ses chums, sa femme et même une bonne partie de ses proches prennent pour Montréal.

Quand Alex Newhook a marqué le but gagnant contre Buffalo, son téléphone s’est mis à vibrer sans arrêt. Pas pour le féliciter au sujet de la Caroline. Pour lui rappeler qu’au Québec, le cœur de plusieurs membres de son entourage bat encore bleu-blanc-rouge.

Le message n’a rien de banal.

Carrier a grandi au Québec. Le Canadien a fait partie de sa jeunesse. Il l’a regardé jouer à la télévision, comme tant d’autres jeunes qui rêvaient d’un jour porter le chandail du Tricolore. Aujourd’hui, il se retrouve de l’autre côté, dans une équipe qui tente de renverser Montréal au moment le plus important du printemps. Le duel a quelque chose de particulier, presque inconfortable.

Même chez lui, le camp adverse semble déjà gagner du terrain.

Il l’a dit en riant, mais le fond du message reste clair : ses proches ne portent pas la Caroline dans leur cœur. Sa femme aussi prend pour Montréal. Ses amis aussi. Dans une série où l’ambiance du Centre Bell promet d’être électrique, Carrier sait très bien qu’il n’échappera pas au regard du public montréalais.

Il sait aussi qu’aucun membre de sa famille n’a l’intention de le défendre avec autant de ferveur que les partisans des Hurricanes.

Le plus drôle, dans tout ça, c’est qu’il a même averti ses enfants.

Ils vont venir au Centre Bell, oui. Ils vont vivre la folie des séries, oui. Sauf qu’il leur a clairement suggéré de ne pas y porter leur chandail de la Caroline. Dans une ville où les émotions débordent vite, le simple fait d’arborer les couleurs des Hurricanes pourrait transformer une soirée ordinaire en moment de tension. Carrier connaît Montréal assez bien pour comprendre la réaction que ça provoquerait.

Ce genre de franchise avec les partisans n’existe pas partout.

Au Centre Bell, la loyauté se voit, se sent et s’entend à chaque seconde. Quand le Canadien joue, le bâtiment vit. Le bruit monte vite. La foule ne lâche pas. Les joueurs adverses le savent dès leur première présence. Carrier, lui, n’a pas besoin qu’on lui explique quoi que ce soit. Il connaît l’endroit. Il connaît la pression. Il connaît la charge émotive qui accompagne chaque grande soirée de séries à Montréal.

Voilà pourquoi la série prend une couleur un peu différente pour lui.

Oui, il joue pour les Hurricanes. Oui, il fait partie d’un groupe expérimenté, stable, construit pour les longues batailles. Oui, Rod Brind’Amour compte sur lui comme sur un joueur qui ne demande pas d’attention particulière. Mais derrière ce rôle bien défini, il y a un Québécois qui sait pertinemment que ses proches risquent de célébrer contre lui. Pas avec malice. Simplement par attachement à leur club d’ici.

Carrier n’aura pas seulement à frapper, à patiner et à défendre sa zone. Il devra aussi composer avec une réalité plus intime.

Dans sa propre histoire, Montréal n’est pas juste un adversaire. C’est la ville où il a grandi, le club qu’il a regardé, le public qu’il connaît, la famille qui ne sera pas nécessairement avec lui.

Pour un joueur de séries, il y a toujours de la pression.

Pour William Carrier, ce match porte aussi un petit goût de solitude.