Tristes déclarations d'André Roy: Arber Xhekaj ne mérite pas ce traitement

Tristes déclarations d'André Roy: Arber Xhekaj ne mérite pas ce traitement

David Garel
Le 2026-07-16

Le témoignage d’André Roy frappe en plein cœur… et le Canadien devrait l’écouter.

Surtout Martin St-Louis.

Car cette entrevue dépasse complètement le hockey.

Pendant près de quinze ans, Roy a accepté l’un des rôles les plus ingrats du hockey professionnel. Il n’était pas payé pour marquer, pour récolter des mentions d’aide ou même pour jouer au hockey.

Il montait sur la glace avec une responsabilité que très peu de joueurs accepteraient aujourd’hui : protéger ses coéquipiers, imposer le respect et absorber, souvent seul, une pression psychologique immense.

Et lorsque Roy raconte aujourd’hui ce qu’il a vécu, on comprend enfin le prix que ces joueurs ont payé.

« C’est tellement un rôle qui gruge l’énergie, l’anxiété en dedans de toi. »

Pendant des années, on a regardé les hommes forts comme de simples bagarreurs. On applaudissait les combats. On exigeait qu’ils répondent présents chaque fois qu’un coéquipier recevait une mise en échec douteuse. On oubliait complètement ce qui se passait dans leur tête avant de sauter sur la glace.

Roy raconte avoir vu des étoiles après plusieurs combats. Il parle d’un whiplash aujourd’hui reconnu comme une commotion cérébrale. Il avoue sans détour :

« Je vous mentirais si je vous disais que je ne crains pas le futur. »

Comment rester insensible devant une telle confession?

« Qui sait ce que ma santé va être dans 10 ou 15 ans. J’essaie toutefois de ne pas trop y penser pour ne pas sombrer dans l’angoisse et l’anxiété. »

Ce ne sont pas les paroles d’un homme qui cherche la pitié.

Ce sont celles d’un ancien joueur qui rappelle à quel point ce métier laisse des cicatrices invisibles.

Roy reconnaît même avoir traversé une dépression après sa retraite.

« Comme bien des athlètes, je suis passé par la petite dépression d’après carrière et oui, j’ai peut-être pris quelques rhums and coke de trop dans mon sous-sol en regardant du hockey, mais j’ai été chanceux. »

Puis il lance probablement le message le plus important de toute son entrevue.

« J’ai vécu des moments plus sombres. Il y a toujours des solutions. Allez chercher de l’aide. Vous êtes importants. On vous aime. Ça ne fait pas de toi quelqu’un de faible. »

Impossible de ne pas penser à Arber Xhekaj.

Le shérif occupe aujourd’hui l’un des derniers rôles de protecteur dans la Ligue nationale.

Chaque soir, on lui demande d’être physique, de répondre présent lorsque le match dégénère, d'accepter un travail que plusieurs joueurs refusent désormais.

Pourtant, ce rôle est méprisé par Martin St-Louis.

On parle de ses pénalités et de ses "erreurs niaiseuses", l'expression favorite du coach pour rabaisser son joueur.

Le coach du CH ne se soucie guère du rôle du joueur qui protège les vedettes, qui répond présent physiquement, qui absorbe les coups et qui sait que chaque combat peut laisser des séquelles pour le reste de sa vie.

Quelle a été sa récompense lorsque les séries éliminatoires sont arrivées?

Les gradins...

Certains matchs où Xhekaj était habillé, mais jouait à peine une seule minute.

Pendant que le Canadien se faisait brasser physiquement par les Hurricanes, pendant que l’équipe cherchait désespérément une étincelle émotionnelle, Xhekaj regardait les matchs du bout du banc ou mangeait des hot-dogs sur la galerie de presse.

Quel message envoie-t-on à un joueur qui accepte tous ces sacrifices lorsqu’on juge finalement que son rôle n’a plus sa place au moment où le hockey devient le plus physique?

Le malaise ne s’arrête pas là.

Aujourd’hui, les négociations contractuelles traînent toujours. Joueur autonome avec compensation qui veut assurer son avenir financier, son clan viserait un salaire entre 2,5 et 3 millions de dollars par saison. De son côté, le Canadien chercherait à maintenir le coût le plus bas possible et le traite comme un vulgaire défenseur.

Les rumeurs de transaction explose autour du shérif et le CH brandit le menace de le sacrifier s'il est trop gourmand.

Son clan, son agent, sa famille trouvent qu'on lui manque de respect. Et le témoignage d'André Roy rajoute de l'huile sur le feu.

L'ancien goon a payé un prix immense pour remplir ce rôle. Aujourd’hui, il vit avec les inquiétudes qui accompagnent ces sacrifices. Lorsqu’on entend son histoire, on réalise rapidement qu’être le « shérif » d’une équipe n’a jamais été un simple emploi.

C’est une responsabilité qui peut laisser des traces pour la vie.

Voilà pourquoi, lorsqu’on parle d’Arber Xhekaj, il ne faudrait jamais oublier le prix humain qui accompagne ce rôle. Et ce prix, lui, ne se négocie pas aussi facilement qu’un plafond salarial.

Les joueurs qui acceptent ce genre de mandat paient souvent un prix immense, autant mentalement que physiquement.

Et André Roy vient de rappeler, avec une honnêteté bouleversante, pourquoi ces sacrifices méritent d’être reconnus.

À St-Louis d'écouter son ancien coéquipier... et de mettre son mépris de côté.