Trahison à Montréal: Jean-Sébastien Giguère écarte les Canadiens de Montréal

Trahison à Montréal: Jean-Sébastien Giguère écarte les Canadiens de Montréal

David Garel
Le 2026-05-20

Jean-Sébastien Giguère ne croit pas une seconde à ce narratif qui commence à prendre de l’ampleur au Québec.

Celui voulant que les Hurricanes de la Caroline soient rouillés après une pause de 12 jours avant la finale de l’Est contre les Canadiens de Montréal?

Pour lui, c’est une fausse excuse. Une théorie romantique qu’on aime raconter quand on cherche une faille chez une machine de hockey qui, honnêtement, ressemble davantage à un monstre parfaitement reposé qu’à une équipe endormie.

Et quand un homme comme Giguère parle de longues pauses en séries, il ne parle pas à travers son chapeau.

Il parle en connaissance de cause.

Le 16 mai 2003, ses Mighty Ducks d’Anaheim avaient balayé le Wild du Minnesota en quatre matchs. Résultat : une pause de dix jours avant la finale de la Coupe Stanley contre les Devils du New Jersey.

Une situation presque identique à celle que vivent aujourd’hui les Hurricanes, qui auront eu 11 jours complets (12 jours en tout) pour récupérer avant d’affronter les Canadiens de Montréal.

Et non, selon lui, ce congé n’avait pas détruit le rythme de son équipe.

Bien au contraire.

Avec le recul, Giguère croit même que cette longue pause avait finalement aidé Anaheim.

“Le scénario idéal, c’est un repos de 5-6 jours”, nuance-t-il d’abord, admettant qu’une pause un peu plus courte demeure optimale pour garder le rythme de compétition.

Mais quand vient le temps de choisir un camp? Il ne laisse aucune ambiguïté.

“Aujourd’hui, j’aimerais bien mieux être les Hurricanes.”

Boom.

Ça fait mal à entendre à Montréal, mais venant d’un gardien qui a transporté une équipe improbable jusqu’en finale de la Coupe Stanley, ce n’est pas anodin.

Parce que Giguère démonte complètement le mythe du rouillage.

Selon lui, rendu à cette étape de l’année, la motivation vient naturellement. Une équipe qui atteint la finale d’association n’a pas besoin de se faire réveiller avec une cloche.

“Pour jouer en demi-finale ou en finale, la motivation vient toute seule. Si tu t’es rendu là, tu as une équipe avec de bons leaders.”

Autrement dit : les Hurricanes ne sont pas partis à la plage.

Ils ne sont pas en train de perdre leurs automatismes.

Ils ne se sont pas transformés en touristes du hockey pendant deux semaines.

Et surtout, ils sont dirigés par Rod Brind’Amour.

Un entraîneur obsédé par la préparation, le conditionnement et les détails.

“Gars ne sont pas sur le party en attendant. Tu n’es pas en vacances pendant deux semaines”, rappelle Giguère.

“Brind’Amour est l’un des meilleurs entraîneurs de la LNH. J’ai aucun doute qu’ils vont être prêts.”

Ça aussi, c’est un coup direct au narratif populaire.

Parce qu’au Québec, plusieurs veulent croire que cette pause gigantesque va casser l’élan des Hurricanes. Que le Canadien, avec son rythme de séries et son émotion encore vive après Buffalo, va profiter d’une Caroline engourdie.

Giguère n’embarque pas là-dedans.

Selon lui, le seul vrai moment où Montréal peut profiter de cette situation, c’est au tout début du premier match.

Une fenêtre extrêmement courte.

“Je pense que la première période risque d’être difficile pour la Caroline”, prédit-il.

“Le Canadien va sauter sur la glace avec ses jambes de “game”. Pour une période, une période et demie, ça peut sourire au CH.”

Mais après?

“Après, ça redevient un avantage pour les Hurricanes.”

Et c’est probablement la phrase la plus inquiétante de toute son analyse.

Parce qu’elle ramène brutalement une réalité qu’on essaie parfois d’oublier au Québec : les Hurricanes arrivent frais, reposés, structurés et probablement affamés.

Pendant ce temps, les Canadiens de Montréal sortent d’une guerre émotionnelle contre les Sabres de Buffalo.

Quatorze matchs de séries.

Des blessures de guerre partout.

Un groupe vidé mentalement.

Des gars qui jouent clairement amochés.

Giguère le sait mieux que personne.

“Le repos est vraiment bénéfique”, affirme-t-il.

“C’est important de passer du temps avec ta famille et de faire d’autres activités que le hockey. Le repos mental et physique est important.”

Et il pousse même l’exemple plus loin.

“Disons que Slafkovsky est un peu magané, avoir une journée de congé, c’est sûr que ça aide.”

Voilà où le commentaire devient fascinant.

Parce qu’au fond, Giguère ne dit pas seulement que le repos est un avantage.

Il dit presque que c’est une arme.

Une équipe fraîche à ce moment-ci de l’année devient dangereuse.

Très dangereuse.

Surtout quand elle joue déjà un système étouffant comme celui des Hurricanes.

Et c’est là que le rêve montréalais frappe un mur de réalisme.

Parce que cette équipe de la Caroline n’est pas une équipe fragile. Ce n’est pas un groupe inexpérimenté qui va perdre ses repères après quelques entraînements.

C’est une machine de hockey.

Une équipe bâtie pour étouffer l’adversaire, imposer un rythme infernal et gagner les batailles physiques pendant 60 minutes.

Une équipe invaincue depuis le début des séries.

Une équipe qui attend Montréal avec le couteau entre les dents.

Et pendant que certains parlent de rouille, Giguère rappelle une vérité simple : une équipe fatiguée ne bat pas une équipe reposée juste parce qu’elle est “dans le beat”.

Surtout pas à ce temps-ci de l’année.

L’ancien gagnant de la Coupe Stanley a quand même aimé l’attitude de Jakub Dobes, qui a déclaré après le match numéro sept qu’il aurait l’énergie pour jouer “40 autres matchs”.

Et ça, Giguère adore mentalement.

“Probablement que ce n’est pas vrai et que ça finirait par le rattraper”, dit-il avec honnêteté.

“En même temps, j’aime mieux un gars qui a cette mentalité. Si tu dis que tu es fatigué, tu vas être fatigué. Ça va te rentrer dans la tête.”

Il croit d’ailleurs que le jeune gardien tchèque a encore du carburant.

“À 24 ans, je crois qu’il est capable.”

Mais encore là, il ramène tout au même point : gagner la Coupe Stanley, c’est brutal.

“C’est éreintant, les séries, surtout quand tu fais deux séries en sept matchs. Mais c’est ça, gagner la coupe Stanley. C’est éreintant pour tous les clubs.”

Au final, Jean-Sébastien Giguère ne détruit pas complètement les chances des Canadiens de Montréal. Il admet même qu’un départ explosif est possible jeudi soir à Raleigh.

Mais son message global est limpide.

Si vous lui donnez le choix aujourd’hui?

Il prend les Hurricanes.

Le repos?

Pas un problème.

Le fameux rouillage?

“De la bullsh...” selon Giguère.

Et si les partisans montréalais s’accrochent à cette idée pour se rassurer avant le début de la série, Giguère vient de leur envoyer un sérieux avertissement : la Caroline n’arrive pas affaiblie.

Elle arrive rechargée.