L'avenir de TVA Sports est dévoilé: nombre de matchs, séries et inquiétude

L'avenir de TVA Sports est dévoilé: nombre de matchs, séries et inquiétude

David Garel
Le 2026-07-14

TVA Sports retient son souffle en attendant de signer officiellement sa licence pour obtenir les droits nationaux du Canadien de Montréal.

Mais derrière les droits du Canadien, une véritable crise humaine se déroule sous nos yeux.

Nous sommes rendus au milieu du mois de juillet. Dans quelques semaines à peine, les joueurs du Canadien reprendront le chemin de Brossard, les camps d’entraînement s’ouvriront et pourtant, une question fondamentale demeure sans réponse : qui diffusera les matchs nationaux de la LNH, du Canadien de Montréal et les séries éliminatoires en français?

Tout le monde sait dans le milieu que ce sera TVA Sports. Mais après les informations de la Presse, affirmant que la station n'allait pas obtenir les 39 matchs restants du CH, l'inquiétude a explosé chez les employés de la station.

On peut les rassurer aujourd'hui.

Selon nos informations à l'intérne, TVA Sports est tout proche d'obtenir 34 matchs du CH... et les séries éliminatoires.

Amazon obtiendrait les 5 matchs restants.

Une situation comme celle-là est pratiquement sans précédent.

Jamais l’industrie n’avait attendu aussi tard avant de connaître le partage des droits de diffusion du plus gros produit télévisuel sportif au Québec.

Et pendant que les amateurs s’impatientent, ce sont surtout les employés de TVA Sports qui commencent réellement à s’inquiéter.

Parce que derrière ces négociations se cachent des centaines d’emplois.

Des recherchistes.

Des réalisateurs.

Des techniciens.

Des monteurs.

Des caméramans.

Des coordonnateurs.

Des producteurs.

Des assistants à la production.

Des gens qui ne passent jamais devant la caméra, mais sans qui aucune émission ne serait possible.

Sans oublier tous ceux devant la caméra.

Selon nos informations, les contrats de tous les employés de TVA Sports se terminent le 31 août. Tant que les 34 matchs et les séries éliminatoirs ne sont pas officiels, impossible de signer des prolongations de contrat.

Et Pierre-Karl Péladeau va payer tellement cher pour les droits nationaux, qu'il n'aura pas le choix de couper dans le personnel.

Des pères et des mères de famille attendent de savoir s'il pourront continuer de mettre du pain sur la table.

Depuis plus d’une décennie, TVA Sports vit avec un énorme boulet financier. Les pertes cumulées dépassent maintenant largement les 250 millions de dollars et on estime qu’elles s’approchent désormais des 300 millions.

Malgré tout, Québecor a continué d’investir, convaincue que le prochain contrat de la LNH finirait par permettre à la chaîne de respirer.

Or, le contrat de 11 milliards de dollars signé par Rogers avec la Ligue nationale est venu complètement changer l’économie du hockey canadien.

Les droits valent désormais beaucoup plus cher.

François Messier, ancien vice-président responsable de la programmation à RDS, ne cache d’ailleurs pas son étonnement devant le retard des négociations.

« C’est une situation vraiment très particulière. »

Il rappelle que les diffuseurs devraient normalement déjà être en train de finaliser leurs horaires, de vendre leurs commandites et de préparer leur programmation automnale.

« Il faut que ça se règle très rapidement. »

Mais ce qui inquiète encore davantage Messier, c’est l’arrivée des plateformes numériques.

Selon lui, il paraît évident qu’elles joueront un rôle important dans le futur de la diffusion de la LNH.

Prime Video.

Netflix.

Peut-être d’autres joueurs.

La télévision traditionnelle n’est plus seule dans la course.

Mais on continue de dire que seul Amazon aura des matchs du CH (seulement 5).

Même si TVA Sports va conserver une présence importante autour du Canadien, une seule question demeure.

Comment rentabiliser des droits qui coûtent désormais deux fois plus cher qu’auparavant?

François Messier rappelle d’ailleurs qu’à son époque, les diffuseurs payaient environ 100 000 dollars par rencontre.

Après l’arrivée de Rogers, la facture est passée à près d’un million de dollars par match.

Aujourd’hui, on parle d’environ deux millions.

Même avec un Canadien redevenu l’équipe la plus excitante du pays grâce à Lane Hutson, Ivan Demidov, Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovský, l’équation financière devient extrêmement difficile.

Et c’est là que l’angoisse commence réellement.

Parce que lorsqu’une entreprise doit absorber des coûts de production gigantesques tout en payant des droits astronomiques, la première variable qu’elle finit presque toujours par regarder est sa masse salariale.

Personne ne souhaite voir des mises à pied.

Personne ne veut revivre les compressions qui ont déjà frappé les médias québécois.

Mais il serait naïf de croire que cette possibilité n’est pas analysée actuellement.

La direction devra inévitablement se demander si le modèle actuel est toujours viable.

Pendant des années, TVA Sports a bâti une couverture extrêmement ambitieuse.

Émissions d’avant-match.

Plateaux d’après-match.

Multiplication des analystes.

Équipes de production complètes.

Couverture sur le terrain.

Reportages.

Chroniques.

Le problème, c’est que ce modèle a été conçu dans un contexte complètement différent.

Aujourd’hui, chaque émission représente des coûts .nromes.

Chaque plateau mobilise plusieurs employés.

Chaque intervenant s’ajoute à une masse salariale déjà considérable.

Et si les revenus ne suivent plus, des choix extrêmement difficiles devront être faits.

C’est ce qui explique pourquoi plusieurs employés vivent actuellement dans une immense incertitude.

Les contrats arrivent à échéance.

La programmation de l’automne demeure incomplète.

Les décisions importantes tardent.

Et personne ne sait encore à quoi ressemblera réellement la prochaine saison.

Le plus ironique dans toute cette histoire, c’est que le Canadien n’a jamais été aussi vendeur depuis des années.

Les cotes d’écoute explosent.

Le printemps dernier, plus de 1,3 million de Québécois regardaient certains matchs des séries.

Les parts de marché dépassaient régulièrement les 40 %, atteignant même près de 46 % lors de certaines rondes.

Le produit est plus fort que jamais.

Mais paradoxalement, il n’a jamais coûté aussi cher à diffuser.

C’est tout le paradoxe de l’industrie.

Le hockey attire davantage.

Les revenus publicitaires augmentent.

Mais le prix d’entrée est devenu tellement élevé que même des audiences historiques ne garantissent plus la rentabilité.

Pendant ce temps, les dirigeants de Rogers, de TVA Sports, Amazon et du Canadien poursuivent leurs discussions.

L'entente est à deux doigts d'être signée.

Le Tricolore lui-même doit certainement commencer à trouver le temps long. On imagine Geoff Molson s'arracher les cheveux dans son bureau.

À quelques semaines du début des activités hockey, l’organisation ne connaît toujours pas officiellement tous les partenaires qui diffuseront son produit.

On peut bien rassurer tout le monde en clamant que les 34 matchs de TVA Sports sont dans la poche, tout comme les séries.

Mais derrière les chiffres, derrière les contrats et derrière les milliards de dollars, il ne faudra jamais oublier qu’il y a des femmes et des hommes qui attendent simplement de savoir s’ils auront encore un emploi lorsque les caméras s’allumeront pour le premier match de la saison.