John Tortorella n’a pas perdu de temps.
À peine les Golden Knights de Vegas venaient-ils d’humilier l’Avalanche du Colorado avec un balayage expéditif de 4-0 que déjà, l’ancien entraîneur des Flyers de Philadelphie est allé envoyer un message qui fait énormément réagir à Montréal.
Ouch. Les partisans des Canadiens de Montréal ne l’ont pas pris.
Tortorella est allé affirmer, sans hésitation, que Jack Eichel est aujourd’hui le meilleur joueur « two-way » de toute la Ligue nationale de hockey.
Un compliment immense pour le joueur étoile des Golden Knights de Vegas, qui vient encore de dominer une série éliminatoire en contrôlant le rythme du jeu aux deux extrémités de la patinoire.
Tortorella a vanté son intelligence défensive, sa responsabilité sans la rondelle, sa capacité à neutraliser les meilleurs joueurs adverses tout en continuant de produire offensivement.
Et immédiatement, à Montréal, un nom est revenu partout.
Nick Suzuki.
Car depuis le début des séries éliminatoires, le capitaine des Canadiens de Montréal continue d’impressionner par son jeu complet.
Utilisé contre les meilleurs trios adverses, impliqué dans toutes les situations importantes, premier sur la glace en désavantage numérique, premier centre offensif, premier centre défensif… Suzuki joue un hockey de capitaine au sens pur du terme.
Et surtout, il le fait pendant que Martin St-Louis demande presque l’impossible à son groupe.
Suzuki absorbe tout.
Les missions défensives.
Les mises au jeu importantes.
Les confrontations contre Cirelli, Hagel, Kucherov, Thompson, Aho, Jarvis et compagnie.
Tout ça en continuant malgré tout de produire offensivement.
Alors quand Tortorella arrive et place Jack Eichel seul au sommet, plusieurs y voient presque un manque de respect envers le capitaine montréalais.
Car tous les experts se mettent d'accord: Suzuki va gagner le Selke cette année.
Eichel ne fait même pas partie des nominés (cela se jouera entre Suzuki, Anthony Cirelli et Brock Nelson).
Mais il y a peut-être autre chose derrière ça.
Une vieille méthode.
Un vieux classique de hockey.
Du John Tortorella pur.
Car pendant que les Canadiens de Montréal s’arrachent encore dans une guerre physique contre les Hurricanes de la Caroline, Vegas, eux, sont déjà installés tranquillement en finale après avoir balayé l’Avalanche du Colorado. Ils regardent les autres équipes s’épuiser. Ils analysent. Ils observent.
Et soudainement, Tortorella lance ce commentaire sur Eichel.
Un hasard?
Peut-être.
Mais dans le hockey, surtout chez les vieux de la vieille, il n’y a pas souvent de hasard.
On connaît les vieux jeux psychologiques.
Faire parler.
Créer une comparaison.
Piquer subtilement l’ego d’un joueur étoile adverse, au cas où Montréal se retrouve en final.
Suzuki n’est pas du genre à parler fort publiquement, mais on sait très bien comment ces gars-là fonctionnent intérieurement. Les grands compétiteurs entendent tout.
Surtout lorsqu’on touche à leur identité de joueur.
Car si Nick Suzuki bâtit sa réputation sur quelque chose, c’est précisément son jeu à 200 pieds.
Son intelligence.
Sa responsabilité défensive.
Sa capacité à gagner sans faire de bruit.
Et soudainement, Tortorella arrive et écarte le capitaine du CH de la conversation.
À Montréal, plusieurs y voient déjà un vieux jeu psychologique à l’ancienne.
Du hockey old school.
Une façon subtile de semer quelque chose avant même une potentielle confrontation future.
Si les Canadiens de Montréal réussissent à survivre à la Caroline et croisent éventuellement les Golden Knights de Vegas… cette déclaration ne sera certainement pas oubliée.
Surtout pas par Nick Suzuki.
En attendant, qu'il se concentre sur la Caroline. Car tu as beau être le meilleur dans les deux sens de la patinoire, tu dois toucher le "net" si tu es en échappée en prolongation.
Suzuki n'a pas dormi depuis deux jours. À lui de prendre sa revanche ce soir.
