Cauchemar pour Marc Bergevin: le scénario se répète

Cauchemar pour Marc Bergevin: le scénario se répète

Par David Garel le 2026-04-03

Le scénario commence à se répéter pour Marc Bergevin. Et à force de se répéter, il finit par ressembler à une réalité difficile à contourner.

Encore une fois, son nom circule. Encore une fois, il est associé à des postes importants. Encore une fois, il obtient une certaine considération dans les cercles de la LNH. Et encore une fois, au moment où les décisions se prennent, il disparaît du portrait.

Cette fois, ce sont les Predators de Nashville et les Maple Leafs de Toronto qui mènent la danse. Deux organisations différentes, deux contextes distincts… mais une même urgence : trouver le bon directeur général avant un été qui s’annonce déterminant, avec le repêchage qui approche à grande vitesse et des décisions structurantes à prendre.

Et selon Elliotte Friedman, les noms qui circulent en disent long.

À Toronto, on parle de John Chayka, de Doug Armstrong, de Dean Lombardi, de Mike Gillis. Des profils établis, des anciens DG, des hommes qui ont déjà dirigé, déjà construit, déjà gagné ou, à tout le moins, imposé une structure claire.

À Nashville, on explore une autre avenue. Bill Scott, Scott White, Brett Petersson et encore John Chayka. Des adjoints, des cerveaux en arrière-scène, des profils plus modernes, plus analytiques, plus alignés avec une nouvelle génération de gestionnaires.

Mais dans ces deux listes, il y a une absence qui frappe.

Marc Bergevin n’y est pas.

Et ce n’est pas anodin.

Parce que pendant un moment, l’idée d’un retour de Bergevin comme directeur général dans la LNH semblait presque inévitable. Il est encore impliqué avec les Sabres de Buffalo, il reste respecté dans le milieu, il possède cette expérience que plusieurs organisations recherchent quand la pression monte.

Mais aujourd’hui, la tendance est claire.

Les équipes hésitent.

Ou pire : elles passent à autre chose.

Il faut comprendre ce que ça signifie dans le contexte actuel.

À Toronto, le départ de Brad Treliving n’a pas simplement créé une ouverture. Il a déclenché une véritable course à la crédibilité. Les Maple Leafs ne peuvent plus se permettre d’improviser. L’équipe est fragile, mal construite, sans profondeur, avec une banque d’espoirs appauvrie et des décisions majeures à prendre rapidement.

Le prochain DG n’arrive pas pour ajuster les coins. Il arrive pour redéfinir l’organisation.

Et dans ce contexte-là, le nom de Doug Armstrong prend toute la place. Un bâtisseur. Un gestionnaire structuré. Un homme qui comprend les cycles, qui ne panique pas, qui sait quand reculer pour mieux avancer.

C’est exactement ce que Toronto cherche.

Et c’est précisément là que Bergevin perd des points.

Parce que son passage avec les Canadiens de Montréal laisse une trace bien précise. Celle d’un dirigeant compétitif, agressif, capable de coups d’éclat… mais profondément réticent à reconstruire. Pendant des années, il a maintenu le club dans un entre-deux. Jamais assez mauvais pour repartir à zéro. Jamais assez dominant pour s’installer comme puissance durable.

Il a bricolé. Il a ajusté. Il a tenté de gagner à court terme.

Et à Toronto, ce modèle fait peur.

Parce que les Maple Leafs sont exactement à cet endroit critique où il faut éviter de retomber dans ce piège. Keith Pelley lui-même a envoyé des signaux contradictoires, reconnaissant la montée des jeunes équipes comme les Canadiens de Montréal et les Sabres, tout en refusant clairement l’idée d’une reconstruction.

Ce flou rend le choix du prochain DG encore plus crucial.

Et dans ce flou, les dirigeants semblent privilégier un profil capable d’imposer une direction claire. Pas quelqu’un qui va naviguer entre deux visions.

Pendant ce temps, du côté de Nashville, la situation est différente… mais elle mène au même résultat pour Bergevin.

Les Predators sont dans une position trompeuse. L’équipe gagne, elle reste dans la course, elle donne l’impression d’être encore compétitive. Mais en réalité, le noyau est vieillissant, les meilleures années sont derrière plusieurs joueurs clés, et la relève n’est pas encore prête à prendre le relais.

C’est une organisation qui aurait besoin de lucidité.

De courage.

D’un virage.

Et là encore, le passé de Bergevin soulève des doutes.

Parce que s’il y a une chose qui ressort de son passage à Montréal, c’est cette incapacité — ou ce refus — de trancher au bon moment. D’accepter la fin d’un cycle. De vendre quand il le fallait. De repartir sur des bases solides.

À Nashville, ce serait pourtant la décision la plus logique.

Mais est-ce que Bergevin est ce type de gestionnaire ?

Visiblement, les Predators ne sont pas convaincus.

Les noms évoqués par Friedman pointent vers autre chose. Vers des profils différents. Vers des dirigeants qui représentent soit une nouvelle école, soit une approche plus structurée, plus planifiée.

Encore une fois, Bergevin est laissé de côté.

Et pendant ce temps, la différence avec Buffalo devient presque cruelle.

Les Sabres, derniers dans l’Est à la mi-décembre, ont complètement renversé la vapeur. Une fiche dominante depuis, une équipe jeune, rapide, structurée, qui grimpe au sommet de sa section. Mais cette remontée-là repose sur un noyau déjà en place, sur des jeunes en pleine ascension, sur une base solide.

Bergevin fait partie de cette organisation aujourd’hui.

Mais il n’en est pas la tête.

Et plus les postes importants se remplissent ailleurs, plus une question s’impose.

Est-ce que la LNH est en train de tourner la page sur Marc Bergevin comme directeur général ?

Parce que ce qui se passe en ce moment ne ressemble plus à un simple hasard. Ce n’est pas une opportunité manquée isolée. C’est une tendance.

Les équipes changent.

Les profils recherchés changent.

Les philosophies évoluent.

Et Bergevin, lui, traîne encore l’image d’un DG d’une autre époque. D’un gestionnaire qui privilégie l’instinct au détriment de la planification. D’un homme qui veut gagner maintenant, même quand le contexte ne s’y prête pas.

Dans certaines situations, ça peut fonctionner.

Mais dans celles de Toronto et de Nashville ?

Ça devient un risque.

Et dans une ligue où chaque décision peut définir une décennie, les organisations ne veulent plus prendre ce risque-là.

Pour Bergevin, le constat est dur.

Il est encore dans le décor.

Mais il n’est plus au centre de la scène.

Et tant qu’il ne prouvera pas qu’il peut faire ce qu’il n’a jamais vraiment fait à Montréal — accepter de reconstruire, accepter de penser à long terme — les portes vont continuer de s’entrouvrir…

Avant de se refermer.